Le peuple aigri dénonce l'injustice à travers sa "mauvaise langue". C'est ainsi qu'il se rend complice de la corruption d'un système, tout comme Echo le faisait, masquant des adultères en en racontant d'autres. Combien de sales affaires se cachent derrière celles que nous dénonçons aujourd'hui? La parole est un acte lorsqu'elle est bien adressée, les mots ont du sens lorsqu'on les tente pour quelque chose mais que dire de la colère qui se diffuse à tout vent? Voilà comment, tout comme Echo, nous avons perdu notre voix pour notre "mauvaise langue", celle qui se nourrit de polémiques et qui s'exprime dans la tendance d'une époque au lieu d'en exprimer la perversité. Quels denouements possibles, si ce n'est le grondement contradictoire des mots dont on entend plus que la force, la violence avec laquelle ils sont criés, cherchant dans l'écho la répétition de lointains soulèvements...
...En ce temps là, Echo avait un corps; ce n'était pas simplement une voix et pourtant sa bouche bavarde ne lui servait qu'à renvoyer, comme aujourd'hui, les derniers mots de tout ce qu'on lui disait. Ainsi l'avait voulu Junon; quand la déesse pouvait surprendre les nymphes qui souvent, dans les montagnes, s'abandonnaient aux caresses de son Jupiter, Echo s'appliquait à la retenir par de longs entretiens, pour donner aux nymphes le temps de fuir. La fille de Saturne s'en aperçut: "cette langue qui m'a trompée, dit-elle, ne te servira plus guère et tu ne feras plus de ta voix qu'un très bref usage." L'effet confirme la menace; Echo cependant peut encore répéter les derniers sons émis par la voix et rapporter les mots qu'elle a entendus. ...
Extrait de : OVIDE, Les métamorphoses - traduction de Georges Lafaye
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